Maladie des chaînes lourdes

EN BREF
Maladie des chaînes lourdes

Syndromes lymphoprolifératifs B rares caractérisés par la production d'une protéine monoclonale (M) constituée d'un fragment de chaîne lourde sans chaîne légère associée.

Le pic monoclonal est souvent absent à l'électrophorèse.

3 types selon la classe de chaîne d'Ig produite, par ordre de fréquence :

  1. Alpha (fragment de la chaîne lourde d'IgA) (IPSID)
  2. gamma (IgG) (Maladie de Franklin)
  3. mu (IgM)
Alpha

Lymphome de MALT de l'intestin grêle avec sécrétion d'une ch. lourde alpha
IPSID : Immunoproliferative small intestinal disease

Homme jeune originaire du bassin méditerranéen ou du moyen orient
Douleurs abdominales + malabsorption sévère
Atteinte digestive
le + souvent isolée
Diagnostic :
biopsie iléale (infiltration plasmacytoïde) + chaîne lourde alpha sans expression de ch. légères
EPP :
50% normale / 50% bande large en alpha2 - IF : fragment de ch. lourde alpha sans ch. légères
Urines :
absence de protéinurie >> ch. lourde alpha
Traitement :
formes précoces antibiotérapie ; si échec ou forme avancée : chimio

Gamma

Tableaux hétérogènes : de la MGUS au lymphome agressif...
Signes généraux, adénopathies, splénomégalie, anémie, oedème du palais
Age médian : 60-70 ans
1/3 : manifestations auto-immunes
(PTI, AHAI, vascularite, LED, PR...)

EPP : pic monoclonal (à base élargie)> 50%  - IF : fragment ch. lourde IgG sans ch. légères

Traitement : selon le tableau clinique (MGUS : surveillance / agressif : chimio)
Médiane de survie : 7,4 ans
Complications infectieuses +++

Mu

Tableau de LLC atypique
atteinte tumorale abdominale (ADP, rate, foie) >>> superficielle
Lésions osseuses lytiques, fractures pathologiques

EPP : normale ou hypogamma
Augmentation ch. légères libres (kappa) => protéinurie de BJ, néphropathie, amylose

Moelle : plasmocytes vacuolaires caractéristiques

Traitement non codifié : comme LLC ? (alkylants, fludarabine)

Les maladies des chaînes lourdes sont des syndromes lymphoprolifératifs B rares caractérisés par la production d’une protéine monoclonale (M) constituée d’un fragment de la chaîne lourde de l’immunoglobuline sans chaîne légère associée. La chaîne lourde est souvent incomplète ou tronquée ; le pic monoclonal à l’électrophorèse peut être alors absent dans certains cas.

Dans la plupart des dysglobulinémies plasmocytaires, les protéines M ont une structure semblable aux molécules normales d’Ac. En revanche, dans les maladies des chaînes lourdes, il y a production d’Ig monoclonales incomplètes (paraprotéines vraies). Les lymphocytes ou les plasmocytes anormaux sécrètent les différents types de chaînes lourdes (alpha, gamma, miu, ou delta) sans chaînes légères. (On n’a pas encore observé de maladie des chaînes lourdes epsilon e). La plupart des protéines des chaînes lourdes sont des fragments de leurs homologues normaux avec des délétions internes de longueur variable ; ces délétions semblent résulter de mutations structurales. Le tableau clinique est plus proche de celui d’un lymphome que d’un myélome multiple.

On distingue 3 types de maladies des chaînes lourdes selon la classe de chaîne lourde d’Ig produite par les cellules clonales : alpha, gamma, mu.

  1. Maladie des chaînes lourdes alpha : forme de lymphome de MALT appelé également maladie immunoproliférative de l’intestin grêle (ImmunoProliferative Small Intestinal Disease : IPSID), lymphome méditerranéen ou maladie de Seligmann
  2. Maladie des chaînes lourdes gamma (Maladie de Franklin) associé typiquement à un lymphome systémique souvent de type lympho-plasmocytaire mixte
  3. Maladie des chaînes lourdes mu dont la clinique rappelle un lymphome lymphocytique ou leucémie lymphoïde chronique avec néanmoins au niveau médullaire des cellules distinctives vacuolisées lymphocytaires/plasmocytaires

Le pronostic de ces maladies est variable et le traitement n’est pas standardisé sauf pour les IPSID qui peuvent répondent à un stade précoce à un traitement antibiotique.

Diagnostic des maladies des chaînes lourdes

Circonstances diagnostiques :

  • prise en charge d’un lymphome
  • évaluation d’un composant monoclonal dans le sérum, les urines ou tissulaire

Le diagnostic des maladies des chaînes lourdes et celui du syndrome lymphoprolifératif sous-jacent passe par l’analyse histologique des tissus atteints et l’analyse du sérum ou des urines.
L’histologie couplée aux immunomarquages montrera une population monoclonale positive pour une chaîne lourde mais négative pour les deux chaînes légères kappa et lambda.
La mise en évidence du pic monoclonal est de fréquence variable et dépend du type de maladies des chaînes lourdes. Si la protéine anormale est présente à l’immunofixation, elle est constituée d’une chaîne lourde (alpha/gamma/mu) sans être associée à une chaîne légère.

Type de maladie Pic monoclonal ? Aspect de l’électrophorèse
Alpha Non 50% normale

50% aspect de large bande dans les alpha2 et betaglobulines

NB : la protéine anormale peut être absente du sérum
mais peut être retrouvée dans le fluide jéjunal

Gamma Non >> Oui Plutôt tracé large et hétérogène plutôt qu’une bande localisée
Mu Non > Oui (40%) panhypogammaglobulinémie (bande localisée 40%)

Physiopathologie

L’immunoglobuline normale est composée de deux chaînes lourdes et de deux chaînes légères reliées entre elles par des ponts disulfure. La fixation des chaînes légères se fait au niveau d’un des domaines de la région constante de la chaîne lourde (CH region) : CH1. En l’absence de chaîne légère, le domaine CH1 se fixe à la protéine de choc thermique 78 (Heat Shock Protein 78) également appelée BiP pour Binding Protein et est dégradée au niveau du protéasome au lieu d’être sécrétée.

Structure de l'immunoglobuline G
Structure de l'immunoglobuline G

Dans les maladies des chaînes lourdes, des délétions non contiguës dans la région CH1 empêche la fixation de la chaîne lourde anormale à la chaîne légère ainsi qu’à la protéine de choc thermique 78 empêchant sa dégradation. Les chaînes légères sont alors sécrétées dans le plasma (ou dans le fluide jejunal pour la maladie des chaînes lourdes alpha) et si le fragment est assez petit dans les urines.

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